Carnet de voyage en train de nuit

Depuis ce week-end il n’y a plus de train direct entre Paris et Berlin. Et ça m’attriste. Les trains de nuit ont été l’épine dorsale de mes déplacements depuis 10 ans que je vis en Europe.

Voici donc un petit carnet de route de trains de nuits que j’ai pris et qui n’existent plus.

J’indique l’ordre dans lequel je les ai pris, mais je précise leur année de décès.

Nice — Nantes Océan-Riviera 2010

J’étudiais à Nantes et j’avais une copine à Nice. Le train de nuit ne s’appelait pas encore Lunéa et mettait environ 14h. C’était le trajet le plus long de France.

Le train changeait deux fois de locomotive : une fois à Marseille pour faire demi-tour et une fois à Bordeaux pour mettre une locomotive diesel jusqu’à Nantes.

Le voyage n’avait rien d’extraordinaire, mais il était imprégné de l’impatience de retrouver ou la tristesse de quitter le premier amour. Le train était surtout rempli de militaires qui rejoignaient la base de Saintes.

Paris — Vienne : Orient Express 2007/2009

Hé oui ! L’Orient Express avant de devenir une icône du luxe était surtout un train permettant de voyager. De Londres à Istambul il s’est peu à peu réduit en peau de chagrin. C’était un train de l’ÖBB, les chemins de fers autrichiens tout à fait moderne, bien loin de l’imaginaire collectif.

Quand je l’ai pris en janvier 2007, ce qu’il restait de cette ligne mythique était le Paris-Vienne, 3 mois avant qu’elle soit réduite à Strasbourg—Vienne suite à l’ouverture de la LGV Est.

En Décembre 2009 ce fut la fin complète de ce train.

Le voyage durait 15 heures. C’est probablement pour ça que nous n’étions que 6 dans la voiture ; en plus tous dans le même compartiment. Le contrôleur a ouvert deux compartiments de plus : nous n’étions donc que deux par compartiments. Le vrai luxe !

Une fois le soleil couché, j’ai profité de la prise électrique (il y a 7 ans… on attend toujours en France) pour regarder quelques épisodes de Veronica Mars et dormir. Au réveil je découvre les montagnes enneigées sous un grand soleil et le contrôleur nous propose un petit déjeuner au lit.

Ah oui, j’avais payé 35€ pour tout ça.

Plus d’informations sur l’historique http://www.seat61.com/OrientExpress.htm

Copenhage — Cologne : Borealis 2014

Gare Centrale de Copenhague : quai n°4, train à destination de Amsterdam, Bâle et Prague. La magie de la recomposition des trains pendant la nuit.

Nous ne sommes que deux dans le compartiment au départ du train. L’autre passager est un retraité des chemins de fers qui allait à Londres. Moi j’allais à Nantes pour ma soutenance de fin d’études. Il avait ramené son burger et sa bouteille de vin.

À Roskilde monte un couple qui revenait du festival de rock du même nom. Le garçon était bien trop saoul. On l’a poussé sur la couchette du haut où il a dormi d’une traite (sans ronfler !). La fille s’est jointe à notre discussion sur les voyages avec deux pintes de bière en canette.

À Odense monte un jeune indien en costume. Il revenait d’un entretien d’embauche en prévision de la fin de sa thèse qu’il effectuait en Allemagne.

Une dernière personne est montée vers minuit pour redescendre à 5h du matin.

Paris — Berlin : Perseus 2008/2014

Jusqu’en 2008, le Perseus passait par Bruxelles et possédait encore une voiture restaurant pour prendre un Capuccino et se réveiller en douceur en découvrant les abords de Paris et de Berlin.

Il a ensuite été accouplé avec le Cassiopée à destination de Münich. Le train passe donc par Metz au lieu de Bruxelles rallongeant le voyage de plus d’une heure et la voiture restaurant a disparu.

Ce n’étaient pas des voyages particulièrement mémorables, mais j’ai pris ce train plusieurs fois et il me manquera pour rejoindre ma famille à Hannovre ce noël.

De plus il reliait les deux capitales du noyau dur de l’Europe. Il n’est plus possible de le faire sans correspondance ou encore de faire le voyage avec un vélo. C’est toute la construction européenne qui s’effrite.

Paris — Barcelone : Joan Miró 2013

Aaaah ! Les Trenhotel Elipsos ! C’était des trains Talgo qui étaient utilisés. Mon entourage sait à quel point je suis admiratif de ce fabriquant espagnol.

Le positionnement était relativement haut de gamme : les compartiments de la classe touriste n’accueillent que 4 passagers, contre 6 habituellement même si l’aménagement intérieur datait des années 80. Le fait que ce soient des Talgo rendent le voyage exceptionnellement agréable.

Il y a une voiture bar et une voiture restaurant. Je me suis posé au bar pour commander un peu de vin. Une véritable machine à expresso est accrochée au comptoir trop étroit par des sangles. Les commandes fusent pour servir la voiture restaurant « 3 cafés, 1 cognac, 2 cava et 4 crèmes catalanes », un serveur fait la plonge dans un coin pour préparer le service suivant.

Entre la qualité du matériel et le service un peu meilleur sans pour autant être une croisière de luxe comme certaines variantes de l’Orient-Express c’est une grande perte. Cependant la Russie a décidé d’en acheter pour desservir le Kiev et Berlin depuis Moscou. Peut-être qu’ils reviendront !

Autres voyages

Je pourrais encore parler longtemps des trains de nuit :

  • des voyages au ski avec des potes
  • la fois où une vieille dame m’a payé mon billet parce que je m’étais trompé de date et que la VISA n’était pas acceptée
  • la fois où j’ai payé le billet d’un jeune homme qui a du arrêter son voyage en Scandinavie parce qu’il avait perdu son pass Interrail
  • mes navettes régulières entre Toulouse et Paris
  • l’horreur des TGV de nuit
  • la magie des trains de nuit qui roulent de jour

PS

Si quelqu’un veut se lancer dans l’aventure de créer une compagnie privée de trains de nuit européen, qu’il me contacte !

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